Les retraités bulgares - entre pauvreté et résignation

Photo: BGNES

En Bulgarie, partir à la retraite est depuis longtemps synonyme de pauvreté et de dégradation du niveau de vie. Et ce n’est pas étonnant, le montant moyen de la retraite est autour de 170 euros par mois. Cette retraite moyenne est la plus basse non seulement au sein de l’UE, mais aussi en Europe, car le retraité bulgare est plus pauvre que celui de Macédoine ou de Serbie.

Au lieu de vivre des moments calmes et sereins bien mérités après des années de travail, le départ à la retraite pour des milliers de Bulgares devient un parcours hérissé de difficultés et d’épreuves pour accéder à sa pension misérable. Seuls les seniors ayant une qualification de haut niveau poursuivent leur vie professionnelle, les autres se replient sur des jobs précaires, déclaré ou pas, ils sont payés à l’heure comme personnel auxiliaire dans le secteur des services et de la production.

Selon les pronostics de la Sécurité sociale, cette année, les retraités seront un peu moins de 2 millions 200 mille personnes et leur nombre ira en décroissant. Cette relative baisse intervient à la suite de l’augmentation de deux mois de l’âge de départ et les années d’ancienneté ouvrant le droit à une pension de retraite à taux plein. A partir du 1er janvier 2017, les hommes auront le droit de partir à la retraite à l’âge de 64 ans après avoir cotisé 38 ans et les femmes à 61 ans avec 35 années de cotisation. A partir du 1er juillet prochain les retraites seront majorées de 2.4%.

L’annonce de cette infime hausse des retraites n’a guère contribué à l’optimisme des seniors bulgares. „ Même en Macédoine voisine, qui affiche un PIB deux fois moins élevé que le nôtre, les retraites sont plus élevées que les nôtres“ – se livre à une petite comparaison Gantcho Popov, qui est à la tête d’une association de retraités de Sofia.

„Les 85 euros de retraite minimale versés aux quelque centaines de milliers de Bulgares ne couvrent pratiquement rien – ni se nourrir correctement, ni se chauffer, ni s’acheter les médicaments dont on a  besoin. Ils ne suffisent même pas pour acheter une carte de transport urbain. La vie des retraités est une souffrance quotidienne, elle est le résultat du cynisme dont font preuve les autorités. C’est ainsi parce que du budget public pour les pensions ils ne peuvent tirer aucune commission, ce qui explique leur total désintéressement pour se pencher sur le problème et plus encore à en trouver la solution. Il faut faire pression, quelqu’un doit mobiliser les retraités. Ils n’ont plus la force pour s’insurger et protester parce que les syndicats ont abdiqué de leur mission. Personne ne réclame des comptes aux gouvernants pour avoir passé des contrats qui ont lésé les intérêts de l’Etat. S’il n’y a pas de règles il faut au moins faire preuve d’une certaine morale pour améliorer ne serait-ce qu’un peu le sort des personnes qui ont travaillé leur vie durant“.

Evguénia Bojianova est à la retraite depuis 21 ans et n’a jamais baissé les bras, n’a jamais cessé de chercher du travail pour se faire de l’argent de poche et ne pas être à la charge de ses enfants et petits-enfants:

„ Des années après mon départ à la retraite j’ai frappé aux portes pour essayer de trouver du travail. On me regardait de haut comme quelqu’un qui avait fait son temps, qui n’était plus bon à rien. C’était la galère, je m’enfonçais chaque jour un peu plus dans la dépression. C’est curieux, les gens pensent que cela ne peut jamais leur arriver, qu’ils sont à l’abri d’un retournement de la situation. L’important pour eux c’est de bien vivre l’instant présent, ils ne se donnent pas la peine de réfléchir à l’avenir. Même la bonne éducation qu’on avait reçue à l’époque, nos diplômes ne valent rien et quand je pense que nous faisions de notre mieux pour toujours apprendre, assumer et être à tout moment capable de gérer les challenges de la vie, c’est vraiment triste notre sort.“


Version française Roumiana Markova 



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