Migration : l’accalmie sera t-elle de courte durée ?

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Photo: BGNES

Le Premier ministre intérimaire Ognyan Guérdjikov a annoncé hier soir que des mesures avaient été prises pour renforcer la sécurité à la frontière bulgaro-turque, dans l’attente d’une nouvelle pression migratoire aux portes du pays. Tout porte à croire que la dégradation des relations entre la Turquie et certains pays européens est à l’origine des préoccupations de notre pays qui tente d’anticiper les complications. En effet, Ankara a plus d’une fois menacé de revenir sur ses accords avec l’Union européenne qui consistent à contenir la vague migratoire sur son territoire. Il y a un an, la situation était la même et à ce moment, Sofia a appelé l’UE et l’OTAN à être prêtes à lancer un Plan B, si jamais la Turquie ouvrait ses frontières aux 3 millions d’exilés en provenance de Syrie et d’Irak, installés sur son territoire.

Aujourd’hui, les choses ont changé et l’escalade de la tension entre l’Union européenne et la Turquie a atteint un niveau sans précédent, embrasant même le sommet de plusieurs Etats. D’un autre côté, la semaine dernière, Sofia et Ankara se sont lancées des accusations en rapport avec la campagne électorale en Bulgarie. N’oublions pas non plus que la Bulgarie est actuellement gouvernée par un gouvernement intérimaire, nommé par le président de la République et non pas élu par le Parlement. Ce qui rend la situation encore plus délicate…

Sans parler des nouveaux éléments sur la carte migratoire en Bulgarie. Au cours des 6 derniers mois, nous avons assisté à une réelle accalmie et des milliers de migrants ont quitté le pays en direction de l’Europe occidentale. Les centres d’accueil ne sont plus occupés qu’à 86%, voire même 60% dans certaines régions du pays. En attendant, les milliers de réfugiés qui ont quitté la Bulgarie sont arrivés en Europe occidentale, dont personne n’en veut. D’après le rapport annuel de l’Agence des réfugiés de 2016 et d’après le Règlement de Dublin, la Bulgarie doit réintégrer 11 545 personnes, dont 3551 en provenance d’Allemagne, 2094 d’Autriche, 1808 de Hongrie, 1096 de France et 366 de Grande-Bretagne. Et si ces retours réglementés coïncident avec l’afflux de dizaines de milliers de migrants de Turquie, la situation pourrait rapidement devenir incontrôlable. Si les craintes d’une émigration turque pour des raisons politiques se concrétisent, les opposants au régime d’Erdogan étant considérés comme des « terroristes » ou des « non-Turcs », Sofia doit se préparer à accueillir dans les semaines qui viennent un flot d’exilés, de réfugiés, et fugitifs - une évidence qui sans aucun doute a déjà un impact sur la campagne électorale et les appels des différents partis dont certains demandent à déployer un corps d’armée européen tout le long de la frontière entre la Bulgarie et la Turquie. La situation reste dynamique, espérons qu’elle ne deviendra pas dramatique…

Version française: Sonia Vasséva


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