L’Ortie, qui s’y frotte s’y soigne…

Photo: archives



En ce début du mois de mai, Dame Nature se met au vert et nous autres, humains, nous en profitons pleinement, surtout quand le soleil et beaucoup plus présent en journée que la pluie et les nuages orageux… Se mettre au vert, c’est aussi privilégier la cuisine et le marché primeurs et l’on retrouve chaque jour une présence « verte » dans nos assiettes, dans les salades, mais aussi les savoureux potages à l’oseille, l’épinard, l’ortie, l’arroche, et d’autres légumes oubliés qui donnent un goût tout à fait exceptionnel à la recette…

D’après un dicton de nos anciens, dès que le coucou se met à chanter et que l’ortie se manifeste au potager, c’est que le printemps est arrivé. Et justement, qui ne connaît l’ortie, ne serait-ce que pour s’y être piqué un jour ? Une plante invasive, urticante qui, reconnaissons-le, a mauvaise réputation. Et pourtant, cette mauvaise herbe est un trésor de bienfaits ! Son venin participe aux vertus bienfaisantes de la plante et contient des acides divers, des flavonoïdes, de l’histamine et de la sérotonine… Ses principes actifs majeurs sont dus au nombreux minéraux qu’elle contient, notamment le calcium, le chlore, le magnésium, le manganèse, le potassium, le soufre, le zinc, le silicium et le fer en importante quantité. De nombreuses études cliniques ont démontré que la prise d'ortie permettait de réduite de 75% la prise d’anti-inflammatoires.

D’après les traditions bulgares, l’ortie ne se consomme pas avant la Saint Georges, le 6 mai, où elle est très présente dans les rituels liés à la célébration de cette fête votive. Symbole de santé et de robustesse, l’ortie est présente dans les couronnes vertes qui coiffent les têtes des jeunes filles. Une couronne de verdure et d’orties est également accrochée à l’entrée de l’étable pour que les animaux de la ferme soient en bonne santé. Dans certaines régions de Bulgarie, la femme la plus âgée de la famille fait exprès pour fouetter légèrement les mollets de ses petits-enfants, histoire de renforcer l’immunité de leur organisme et de le rendre plus vigoureux.

Des couronnes d’orties et de géraniums ornaient dans le passé les maisons des Bulgares qui croyaient ainsi éloigner les maladies et les malheurs de leurs habitants. Car nos anciens croyaient que l’ortie faisait fuir le Malin. Si une femme apprenait que son mari la trompait, elle lui offrait un bouquet d’ortie. Pour brûler son cœur, tout avait brisé le sien…

Tout comme celle du lin, la fibre d'ortie a servi à la fabrication de tissus et de papier. Les bons jardiniers connaissent, pour leur part, les vertus du purin d'ortie comme engrais naturel. En raison de sa haute teneur en chlorophylle, on a utilisé l'ortie comme colorant vert naturel dans les conserves de légumes ou pour colorer les œufs de Pâques. Les femmes faisaient aussi sécher au soleil les orties pour en faire des potages pendant l’hiver. Les orties sont aussi cuisinées en purée ou dans un risotto, comme les épinards. Un accompagnement savoureux des viandes rôties…

L'ortie était bien connue des Grecs et des Romains. Les premiers, s'en servaient pour soigner la toux, la tuberculose, l'arthrite ainsi que pour stimuler la pousse des cheveux. La pratique de la flagellation thérapeutique avec des tiges d'orties remonte également à l'Antiquité. On la dit salutaire contre les rhumatismes. Avec les feuilles de pissenlit et d'autres verdures printanières, les jeunes pousses d'ortie faisaient partie des « cures du printemps » très efficaces. En médecine ayurvédique (médecine traditionnelle de l’Inde), on emploie l’ortie en association avec d’autres plantes pour traiter les hémorragies utérines, les saignements de nez, les éruptions cutanées et l’eczéma, pour soulager les douleurs rhumatismales, ainsi que pour soutenir les femmes durant l’accouchement.

Récit: Sonia Vasséva


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