La symbolique des icônes dans l’art bulgare

Detchko Ouzounov – Autoportait aux saints

La Galerie d’Art de la Ville de Sofia accueille jusqu’au 4 février une exposition à connotation scientifique, c’est du moins ce que nous suggère son intitulé „Symbole et Image dans l’Art Moderne Bulgare”. La centaine d’oeuvres exposées mettent à l’honneur l’icône et sa projection sur la création artistique de nos jours.

« Le thème de l’icône et sa présence dans l’art moderne, dans les œuvres laïques est le sujet qui me préoccupe depuis un an et demi, dit le commissaire de l’exposition Luben Domozetski.Jai passé tout ce temps à la recherche des artistes, qui, après la Libération de la domination ottomane ont commencé à représenter  l’icône sous un angle différent, de manière inédite – soit comme élément de décoration d’une demeure, soit comme partie d’un paysage ou encore comme moment fort d’un rituel, dépeint dans l’œuvre. Plus encore, licône comme pépinière, point de genèse dimages nouvelles dans les années 20 du siècle dernier, époque à laquelle ce genre de peinture a connu son apogée. Ce sont ces considérations  qui nous ont guidés dans la sélection des œuvres réunies dans cette exposition. »

Lika Yanko – Madone et L’Eglise Dorée
Les œuvres sont créées entre la Libération du pays du pouvoir ottoman (1878) et jusqu’en 1989. Il est intéressant de voir dans quelle mesure les peintres de cette époque ont été influencés par les artistes médiévaux et par ceux de l’époque de la Renaissance nationale – de  la fin du 18e et du début du 19e s.

« Nous pouvons affirmer que pendant certaines périodes de temps l’art médiéval a été l’objet d’un intérêt certain. Dans les œuvres des premiers artistes – des étrangers arrivés en Bulgarie, – nous voyons qu’ils sont fortement impressionnés par les antiquités et les ruines qu’ils découvrent et qu’ils dépeignent, on peut dire à la manière des ethnographes, d’une précision minutieuse et pourtant chacun selon son idée. Ils n’omettent rien, depuis le plus petit détail des costumes traditionnels aux couleurs riches et éclatantes jusqu’au plus petit fragment dans la décoration de l’église chrétienne, notamment la représentation d’icônes ornant les murs du temple et d’icônes de l’iconostase. »

Danaïl Detchev – Saint Athanase et Stéphane Badjov – Intérieur d’une église
Et Luben Domozetski cite en exemple l’un des plus remarquables artistes de la Bulgarie récemment liberée – le Tchèque Ivan Mrkvicka, qui a peint une action de grâces avec l’agneau offert à Saint Georges. « Pour l’artiste tout est symbole – depuis le costume traditionnel minutieusement représenté dans ses moindres détails jusqu’aux deux cierges allumés posés sur la tête de l’agneau et tout ce décor solennel de la scène d’offertoire. Derrière le prêtre on voit une icône, élément de rigueur s’il en est dans un temple de rite orthodoxe mais aussi illustration par excellence de la vie religieuse des peuples balkaniques. »

Les autres peintres étrangers présents dans l’exposition sont l’Autrichien Joseph Oberbauer et le Tchèque Josef Piter qui peignent la vie de Sofia d’autrefois.

Boris Dénev – Intérieur d’une église et Yakim Bantchev – Devant l’autel
« Nous voyons une Sofia de la fin du 19es., peu de temps après la Libération de la Bulgarie. Les édifices modernes y sont très rares, les rues ne sont pas pavées. Les maisons sont basses, à un seul étage et d’aspect sombre. Et parmi ces  maisons d’aspect fruste et peu avenant se profilent des ruines, des antiquités, vestiges de différentes époques – mosquées, églises, la cathédrale Sainte-Sophia, la rotonde Saint-Georges. C’est ce qui explique la fascination de ces artistes étrangers pour cette réalité balkanique, qui est aux antipodes de leur cadre de vie habituel. »

Les tableaux à sujet historique sont un autre contexte dans lequel apparaît l’icône, dans les scènes liées à l’époque médiévale et à la période de renaissance de la fin du 18e et le début du 19e s. mais aussi en rapport avec les peintres d’icônes. « Ces thèmes sont passionnants à plus d’un titre pour les peintres – poursuit Luben Domozetski. Les icônes sont présentes dans une composition recréant le Second Royaume bulgare et sa capitale Tarnovgrad. Et c’est encore l’icône qui monte la garde aux côtés de la mère qui attend le retour de son fils. Et c’est toujours l’icône qui montre le héros monté sur son destrier qui terrasse le mal incarné par le dragon crachant le feu. »  Nous avons fait de notre mieux pour montrer tous ces thèmes, dit encore Luben Domozetski.

Luben Gaydarov – Peintre d’icônes et Tzanko Lavrénov – Tarnovo à l’époque du Second Royaume Bulgare
Après la Libération l’art religieux s’engage sur la voie de l’académisme – il abandonne le style linéaire et décoratif et représente les images de manière plus naturaliste, dit encore le critique d’art. Un détail curieux, dans les années 20 du 20e s. l’art laïc connaît un retour à l’esthétique propre à l’icône médiévale – les peintres modernes sont de plus en plus nombreux à se passionner pour la peinture du rite religieux byzantin et de l’art byzantin, pour les peintures murales, les manuscrits, etc. « Cela est fortement influencé par le désir de moderniser les arts bulgares et les artistes sont guidés par la volonté de dégager une identité nationale » souligne le commissaire de l’exposition. Il cite en exemple les grands peintres bulgares tel Ivan Milev et Ivan Penkov, qui ont marqué les années 20 du siècle dernier.

En parlant de l’impact de la peinture d’icônes sur l’art laïc nous devons accentuer sur la puissance émotionnelle véhiculée par le langage des signes – les auréoles, les ors, la forme simplifiée, épurée, quasi linéaire. « Tout cela bien sûr, revêt un sens profond et ce langage des signes traduit le choix délibéré et conscient des peintres d’icônes. Et ce sont précisément ces traits caractéristiques, propres à l’art médiéval qui marquent profondément les artistes, dont nous exposons les œuvres ici » – dit en conclusion Luben Domozetski.

Version française Roumiana Markova

Photos: Vénéta Pavlova et sghg.bg

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