Boyko Borissov à Mostar : une évolution de la situation dans la région est possible d’ici le sommet de mai prochain UE-Balkans occidentaux à Sofia

Photo: BGNES

Le premier ministre Boyko Borissov s’est rendu les 9 et 10 avril à Mostar pour participer à la 21ème édition de la Foire économique internationale qui se tient dans cette ville bosniaque. Quand à la foire dans un petit pays se réunissent des leaders d’autres Etats de la région, il est bien évident que la foire n’est qu’un prétexte pour mener des entretiens politiques. A Mostar s’est tenu notamment un dîner auquel ont participé les présidents de la Serbie et du Monténégro Alexandar Vucic et Filip Vujanović, les premiers ministres de la Bulgarie, Boyko Borissov et de la Croatie Andrej Plenković, les présidents de la Republika Srpska Milorad Dodik et de la Fédération de Bosnie-Herzégovine Marinko Čavara et Borjana Krišto, cette dernière présidant la Chambre des représentants au parlement de la Bosnie-Herzégovine.

Boyko Borissov a eu des entretiens bilatéraux auxquels il se manifestait non seulement comme chef du gouvernement, mais aussi comme représentant la Présidence bulgare du Conseil de l’UE. Et tout ceci, à un moment de haute tension politique entre la Serbie et le Kosovo et de sérieux conflits au sein même de la Bosnie-Herzégovine et tout ceci, à un peu plus d’un mois de la rencontre au sommet UE-Balkans occidentaux prévue dans l’agenda de la Présidence bulgare du Conseil de l’UE pour le 17 mai prochain. La tension entre Belgrade et Pristina concerne principalement l’indépendance unilatérale du Kosovo pour laquelle des différends existent aussi entre les pays-membres de l’UE. Madrid compatit fortement à Belgrade en déclarant que l’Espagne n’a pas l’intention de s’asseoir à une même table avec des représentants du Kosovo et refuse pour cette raison notamment de participer au sommet UE-Balkans occidentaux à Sofia. Nous nous devons de souligner en effet que s’asseoir à une table avec les Kosovars constituerait pour Madrid de reconnaître pour légitime la cause pour l’indépendance de la Catalogne. La Roumanie et Chypre se solidarisent avec la position de l’Espagne. Selon des sources de Bruxelles, les trois Etats ont prévenu qu’ils ne participeraient pas à une rencontre dans le cadre de laquelle le Kosovo serait traité sur un pied d’égalité avec les autres pays de la région pour ce qui est de leur perspective européenne. A ce jour, l’indépendance du Kosovo n’est pas non plus reconnue par deux autres Etats-membres de l’UE : la Grèce et la Slovaquie. Ce qui rend certains observateurs sceptiques pour ce qui est des résultats du sommet de Sofia sur les Balkans occidentaux. D’aucuns auraient même admis qu’un tel sommet ne se tiendrait pas en mai à Sofia, mais, lors de sa visite à Mostar le premier ministre Borissov a démenti ses rumeurs en affirmant que celui-ci demeurait toujours prioritaire pour la Présidence bulgare du Conseil de l’UE. Un porte-parole de la CE de Bruxelles a soutenu Borissov en déclarant immédiatement et catégoriquement que la Commission oeuvrait ensemble avec ses partenaires bulgares en vue de la tenue de cette rencontre. Le porte-parole a de plus rappelé que les priorités de la Présidence bulgare du Conseil de l’UE avaient été examinées avec les premiers ministres des six pays des Balkans occidentaux en présence de leur homologue bulgare Boyko Borissov, de la Haute représentante à la politique étrangère de l’UE Federica Mogherini et du commissaire européen en charge de l’élargissement Johannes Hahn, alors qu’en février dernier, le président de la CE Jean-Claude Juncker avait lui-même visité les six pays en question. Début mars, à l’issue de sa tournée balkanique, Juncker a déclaré à Sofia qu’il rentrait à Bruxelles convaincu que la place des Balkans est dans l’Union européenne. Aujourd’hui, un mois plus tard à Mostar le premier ministre Boyko Borissov a indiqué qu’il y avait dans la région des conflits qui préoccupaient tout le monde car les plaies de l’embargo à l’encontre de l’ex-Yougoslavie étaient encore récentes et a déploré avoir la sensation que quelque chose de mal allait se passer « alors qu’il y a quelques mois, la situation était différente ». Visiblement Borissov avait en vue la tension entre la Serbie et le Kosovo qui avait escaladé au cours des quelques dernières semaines, ainsi que les risques de voir échouer l’adoption d’un nouveau code électoral en Bosnie-Herzégovine, ce qui, si cela était, « allait bloquer durablement » tout le processus d’adhésion du pays.

Le président serbe Alexandar Vucic a commenté pour sa part à Mostar, au terme de ses entretiens avec Borissov, que d’ici le sommet UE-Balkans occidentaux à Sofia il y avait encore beaucoup de temps, que beaucoup de choses pouvaient se produire et qu’il était important de faire tout le possible pour que soient conservées la paix et la stabilité des Balkans. Après son entretien avec Vucic, Borissov a été assuré au téléphone par le Président du Kosovo Hashim Thaçi que le Kosovo n’avait pas l’intention d’attiser ni de conflits, ni d’attaques armées et collaborerait tant en vue de la tenue du sommet UE-Balkans occidentaux, qu’en faveur d’un dialogue fructueux en vue du règlement des conflits existant entre Pristina et Belgrade. 

Nous avons donc toutes les raisons pour prétendre que la visite de Boyko Borissov à Mostar s’est soldée par des attentes pour une évolution importante de la situation dans la région d’ici le sommet du 17 mai à Sofia.

Version française : Nina Kounova 


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