© photo: Veneta Pavlova
Cette année, les Bulgares marquent le 160ème anniversaire de la naissance du grand écrivain et poète bulgare Ivan Vazov. Son oeuvre est d'une variété remarquable. Parmi les plus connues sont le roman « Sous le joug », le cycle de poèmes « L'épopée des oubliés », les nouvelles « Sans feu ni lieu » et « Les oncles » qui reflètent l’époque de la Renaissance en Bulgarie et les guerres de libération des Bulgares du joug ottoman.
Un entretien avec Miréla Ivanova, poétesse, critique littéraire et conservateur à la maison Ivan Vazov à Sofia :
« Je ressens une admiration profonde envers l’œuvre de notre grand poète et écrivain Ivan Vazov, car c’est lui qui jette les fondements des nouveaux genres littéraires bulgares. Il a écrit des nouvelles, des poèmes, des drames historiques, des romans et des notes de voyage. Ivan Vazov possède sans doute un esprit sans bornes. L’amour qu’ont manifesté envers lui ses contemporains est immense. Ici, dans sa maison, des écoliers venaient le visiter, en chantant ses chansons, ils s’arrêtaient au coin de la rue et criaient « hourra ! » jusqu’à ce qu’il apparaisse pour les encourager ou juste pour qu’ils puissent le voir. En 1920, pour son 70ème anniversaire, des milliers de personnes sont passées par là. »
Même après la défaite de la Bulgarie lors de la Première guerre mondiale, les gens se rendent toujours à cet endroit…
« En effet. Un défilé a eu lieu, organisé par des officiers et des soldats. Ils se sont rassemblés au Pont aux Lions. C’est alors que quelqu’un avait crié « Allons chez Vazov ! ». Ce cortège composé de Bulgares en désarroi qui ont vécu deux catastrophes nationales en l’espace de deux ans seulement, c’est-à-dire la deuxième guerre balkanique (qui se conclut par la défaite de la Bulgarie) et la Première guerre mondiale, se mit en marche vers la maison de Vazov qui se trouve à l’époque juste en face du Conseil des ministres. Les ministres et même le premier ministre apparaissent à leurs fenêtres, mais un officier s’écrie « Nous ne sommes pas venus en votre honneur messieurs ! Nous sommes venus voir le poète du peuple bulgare, nous voulons l’entendre ! » Ivan Vazov était sorti déjeuner au Club Union. En apprenant cela, le cortège se dirige vers le Club, où l’écrivain tient un discours inoubliable. Ce sont des discours que Vazov prononce devant le peuple bulgare à des moments historiques décisifs. »
A la maison de Vazov on peut voir les premières éditions et traductions de ses oeuvres. la première édition du roman "Sous le joug" date de 1894
Apparemment, il avait conscience d’avoir une mission qui le poussait à rattraper, avec ses œuvres littéraires, le temps d’épanouissement culturel perdu pendant la domination ottomane…
« Ivan Vazov avait le sentiment très fort d’avoir une mission, un devoir envers le peuple, un devoir culturel envers la Bulgarie libre…. Sa mission n’était pas uniquement d’écrire. Il est aussi un des premiers éditeurs bulgares des magazines littéraires « Zora », «Naouka » et « Dennitsa ». Avec l’écrivain et homme politique Konstantin Velitchkov, il rédige quelques volumes de textes bulgares et étrangers pour les écoles. Il voulait montrer que la littérature bulgare pouvait se ranger parmi les littératures européennes et mondiales les plus prestigieuses. Il travaillait de manière acharnée et dévouée en tant que traducteur, rédacteur et écrivain… »
La table de travail d'Ivan Vazov.
Combien de langues parlait-il?
« Il connaissait beaucoup de langues. Il a appris le français tout seul, par amour de la poésie française. Pierre-Jean de Béranger, Victor Hugo étaient parmi ses poètes préférés, Hugo son écrivain préféré. Il parlait le russe, le turc, le grec et un peu le roumain. C’était une personnalité extrêmement enthousiaste qui voulait faire partager ses connaissances avec le peuple bulgare qu’il aimait énormément. C’est peut-être pourquoi ses plus grands œuvres n’ont pas pris une ride ».
Version française : Iglika Stankova