© photo: Veneta Pavlova
Un étrange médaillon voyage à travers trois siècles et des continents pour finalement jeter un pont entre le passé et le présent. Ce médaillon a appartenu à Guéorgui Benkovski, une des personnalités les plus remarquables de l’insurrection d’Avril en 1876. Les cruelles répressions des Turcs contre les révolutionnaires de l’époque ont provoqué un large écho international et un an après c’est la guerre russo-turque de libération qui éclate. Les deux volumes de cette œuvre couvrent quelques décennies agitées de l’histoire européenne et nous emmènent des années 40 aux années 80 du 19e siècle. Le roman traite également de sujets contemporains de la vie en Bulgarie. Le livre nous donne aussi rendez-vous avec le puissant Bismarck, des souverains, des diplomates, des militaires, des révolutionnaires et des paysans ordinaires. L’auteur du roman, Galina Zlatareva, dresse également un portrait saisissant de Benkovski. Orphelin dès son plus jeune âge, il est obligé encore enfant d’apprendre un métier, par la suite il s’occupe de commerce. Il voyage, il organise des convois pour transporter des marchandises, il vit à Istanbul, à Izmir, en Alexandrie, à Bucarest… Benkovski parle 7 langues
Galina Zlatareva explique au micro de RB dans quelle mesure Benkovski peut être considéré comme un représentant type du Bulgare à l’esprit entreprenant du temps de la Renaissance ( fin du XVIIIe et début du XIXe s.) et dans quelle mesure il fait figure d’exception:
« D’après moi les gens de cette époque peuvent être répartis en deux grands groupes. Le premier groupe est constitué des gens ordinaires, de ceux qui travaillent au champ et qui n’ont pas quitté leur village natal et qui par exception prenaient femme au village voisin. Le deuxième groupe de Bulgares de cette époque, un groupe assez nombreux tout même, c’étaient les commerçants, les artisans, les maçons, le clergé, des fils et des filles de Bulgares aisés aspirant à une meilleure éducation. On ne doit pas ignorer le fait que dans la capitale de l’empire ottoman Istanbul la communauté bulgare à cette époque était assez nombreuse et elle avait sa propre vie sociale. Des journaux et des livres bulgares étaient publiés à Istanbul. C’est pour dire que Benkovski a appartenu à ce deuxième groupe sans qu’il soit une exception extraordinaire », nous explique l’auteur du roman « Le Médaillon » Galina Zlatareva. Et de poursuivre avec ses explications sur les raisons pour lesquelles Benkovski abandonne le commerce et se lance dans la lutte de libération nationale.
« Ce qui est typique pour Benkovski, nous explique Zlatareva, c’est que les moments de succès et de grandeur dans sa vie sont suivis de périodes de déchéance et d’échecs. Ceci l’amène à se poser des questions sur le sort du peuple bulgare. A la suite de cette réflexion il décide de quitter Alexandrie en Egypte pour rejoindre les milieux révolutionnaires des émigrés bulgares à Bucarest. Cette transformation de Benkovski n’est pas le fait du hasard, elle fait partie de la ligne aventureuse dans sa vie. Dans les manuels d’histoire on a toujours parlé de manière très superficielle de son séjour en Roumanie en l’expliquant par sa volonté de prendre part à la lutte révolutionnaire. Cette approche ne fait qu’éclipser sa vie précédente, celle qui en réalité l’a conduit à cette décision. Or, j’estime que cet épisode est le plus intéressant dans sa vie », affirme Galina Zlatareva.
«Les préparatifs pour écrire ce livre ont été très intenses, nous explique sa manière de travailler Galina. C’est pour cette raison qu’ils ne m’ont pas pris beaucoup de temps, 2-3 ans environ. Tous les textes de cette époque que j’ai pu trouver m’ont servi de sources. C’est pour dire que les sources que j’ai utilisées sont les mêmes que pour les autres historiens. La différence est peut-être dans la manière dont j’ai utilisé ces sources. En effet, je me suis donnée la peine d’aborder la personnalité historique dans sa qualité d’homme ordinaire, de quelqu’un qui marche sur terre, qui a une vie comme les autres. C’est de cette manière que j’ai essayé de voir comment et où son destin l’a conduit. J’ai eu du plaisir à utiliser dans le roman les vrais noms des personnages et dans le tissu historique du livre il n’y a pas un seul personnage imaginaire », déclare Galina Zlatareva.
L’alternance dans le roman du passé historique et du présent confère un dynamisme au récit. Est-ce l’unique raison pour laquelle vous avez adopté ce style, est notre question suivante à laquelle répond Galina Zlatareva.
« On pourrait simplifier et dire que nous aussi nous vivons à une époque dynamique de changements. Ce n’est peut-être pas une époque de révolutions, néanmoins il faut toujours avoir pas mal de courage pour avoir ses propres idées et les réaliser. D’autre part, je voulais beaucoup que les gens modernes jettent un regard sur eux-mêmes et sur ce qui se passe autour d’eux dans la perspective des événements du passé. Car à l’aide de cette approche on pourrait commencer à réaliser avec quelques remords que même dans le passé les gens pouvaient sacrifier leur propre sécurité, leurs maisons, leur vie même et que nous, aujourd’hui, bien souvent nous sommes de simples spectateurs qui attendent que quelqu’un d’autre s’occupe de nos problèmes. Je suis persuadée, affirme avec conviction Galina Zlatareva, qu’il est grand temps de comprendre que c’est à nous de faire de notre vie une vie plus sure, plus belle. Il est temps d’oublier à jamais l’idée que c’est l’Etat qui en porte la responsabilité et qu’il doit faire ceci ou cela. J’estime, termine Zlatareva, que tout ce qui doit changer c’est nous qui devons le faire et que si chacun fait ce qu’il faut on finira par avancer tous ensemble ».
Version française: Vladimir Sabev