© photo: Tania Harizanova
La Bulgarie serait en mesure de rejoindre la zone euro en 2016-2017 sont d'avis les experts: Tchavdar Nikolov, Gantcho Gantchev (à partir de la gauche) et Yossif Avramov (au fond).
"La période 2016-2017 serait l'échéance réaliste pour l’entrée de la Bulgarie dans la zone Euro. La Bulgarie n’est pas encore préparée pour se presser d’y adhérer", est l’avis autour duquel se sont réunis des économistes de renom lors d’un débat sur le thème "L’adhésion de la Bulgarie à la zone euro".
Les perspectives pour l’adhésion de la Bulgarie à la zone Euro ont brusquement changé, suite à la crise mondiale, la dévaluation de l’euro et les problèmes de la dette publique et des déficits budgétaires de plusieurs pays membres de l’UE. La stratégie initiale du gouvernement qui prévoyait une entrée rapide dans la salle d’attente de la zone Euro, soit le mécanisme ERM-II, a dû ainsi se voir modifier. A cause de son objectif ambitieux initial, on a voulu maintenir un faible déficit budgétaire, ce qui a créé de graves problèmes financiers pour le pays et s’est répercuté sur les paiements dans le secteur corporatif. «En voulant entrer le plus vite possible dans la zone euro, nous avons sacrifié pour ainsi dire la stabilité économique. Cela a créé des problèmes très graves pour l’économie bulgare, a commenté la situation le maître de conférence Gantcho Gantchev de l’Institut d’économie et de relations internationales. Il s’est avéré dans le même temps que la Bulgarie ne respectait pas tous les critères de l’UE, pour avoir accès au mécanisme monétaire. La seule exigence remplie par la Bulgarie a trait aux taux d’échange, étant donné que le lev est fixé à l’euro. Il a été constaté que nous avions un problème notamment avec le déficit budgétaire qui dépasse les 3 %. Seule la dette publique ne semble pas poser des problèmes pour l’instant, car elle est autour de 15% du PIB, c.à.d. sensiblement moins élevée que ne l’exige l’UE, selon laquelle la dette publique ne devrait pas dépasser les 60%.
« En réalité nous avons des problèmes à remplir presque tous les critères, excepté le taux de change et la dette publique, affirme Gantcho Gantchev. C’est la raison pour laquelle la Bulgarie ne devrait pas se presser d’entrer dans la zone euro. La période réaliste pour son adhésion serait la période 2016-2017. Une adhésion avant cette date ne serait pas adéquate à la conjoncture économique réelle de l’économie bulgare, et ce serait sans tenir compte des graves problèmes structurels qui ne sont toujours pas réglés en Bulgarie.
« La Bulgarie n’est pas prête à adopter l’euro, car les prix en Bulgarie sont deux fois moins élevés que les prix dans la zone euro, est l’avis du Prof. Tchavdar Nikolov. Nous avons un marché intérieur unique mais si vous allez au restaurant, vous allez constater que ce que vous payez est trois fois moins cher qu’en Allemagne. Or cela peut nous jouer un mauvais tour, si nous adoptons l’euro comme monnaie unique. Il faudrait en effet atteindre un niveau de prix de 80% des prix européens pour prétendre pouvoir entrer dans la zone euro. Or, cela ne pourrait pas se faire avant les années 2016-2017, période à laquelle on pourrait espérer atteindre à une certaine stabilité des prix, ce qui nous permettrait d’éviter une hausse drastique des prix. »
« Nous avons tout l’intérêt à accéder plus vite à la zone Euro, contrairement à ce que pensent la plupart des experts, pense tout autrement Yossif Avramov, Docteur ès sciences économiques. Les milieux bancaires attendent avec impatience l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro, car cela aura pour effet de diminuer les dépenses lors des paiements internationaux. L’adoption par la Bulgarie de la monnaie unique aura pour résultat d’attirer en Bulgarie les grandes banques européennes, mais aussi celles des économies émergentes, comme la Chine, l’Inde et le Brésil qui, du coup, verraient de l’intérêt à investir dans les grands projets énergétiques sur le territoire du pays, tels le projet Nabucco et le Flux sud. L’effet en sera la baisse du coût du crédit. Sans oublier que cela devrait donner aussi une impulsion au marché des capitaux en Bulgarie qui au moment actuel est au point mort. »
Version française: Kremena Sirakova