jeudi 23 mai 2013 

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Un circuit touristique pour les nostalgiques du communisme  

© Photo: Vénéta Nikolova

Peut-on éprouver de la nostalgie pour le communisme? Il paraît que beaucoup de gens en Bulgarie et même à l’étranger regardent encore à cette période, niée par l’histoire, avec une certaine indulgence et même apitoiement. Ceux, qui ont vécu de l’autre côté du rideau de fer, sont curieux de comprendre la manière de fonctionnement d’une société, fondée sur un système de parti unique, une économie centralisée et planifiée, une interdiction de la propriété privée, une censure de l’Etat vis-à-vis des médias, etc. D’autre part, beaucoup de jeunes gens ne connaissent rien du passé récent et perçoivent les faits sans préjugés et émotions superflues. Pour tous ceux, qui s’intéressent à l’histoire et cherchent des explications sur le présent, une agence de tourisme de la capitale organise le “Tour communiste pour les nostalgiques”. Et ce sont surtout des touristes de l’Europe Occidentale qui y sont intéressés.

© Photo: Vénéta Nikolova


Quand Tsvétélina Tsankova, une jeune femme de 29 ans, décide, il y a peu de temps, d’organiser un circuit touristique sur les traces du communisme, elle se heurte à la perplexité de ses proches et ses amis. “Tout le monde disait, que j’étais dingue de me retourner vers cette époque-là et que personne ne s’y intéresserait.” En fait, beaucoup de pays ex-socialistes exploitent leur passé communiste en tant que source de bénéfices pour leur industrie touristique. Mais pour des raisons différentes en Bulgarie ce thème est encore tabou. C’est pour cela que les circuits, organisés par Tsvétélina, font véritable fureur parmi les touristes étrangers nostalgiques ou tout simplement curieux.

© Photo: www.nvisiontravel.com

Des étrangers, portant la cravate des "pionniers" d'autrefois


“Ces circuits sont purement touristiques, sans la moindre idée de propagande. Nous essayons de faire connaître aux gens la vie dans la Bulgarie socialiste, sans exprimer nos convictions politiques” - tient à expliquer Tsvétélina.

En fait ce n’est pas difficile de se faire une idée des mœurs et du quotidien des travailleurs socialistes des années 60-70 du siècle précédent. Il suffit de se promener dans un des quartiers de la capitale, défigurés par les immeubles de béton entassés et tous pareils, au fond desquels surgissent les cheminées du chauffage central local, crachant de la fumée. “Nous leur expliquons l’idéologie communiste, liée à l’égalité des classes et à l’aspiration à un standard uniforme pour tous” - dit Tsvétélina.
Dès l’atterrissage à l’aéroport de Sofia les étrangers reçoivent une écharpe de pionnier (c’est ainsi qu’on appelait les enfants “dévoués” au communisme) et ils partent “en rang” sur les traces du communisme en Bulgarie. Les plus aisés, avec les portefeuilles plus épais et le désir de “savourer” le luxe communiste, qui dans le passé n’était réservé qu’à une poignée d’élite, peuvent se déplacer et visiter la ville avec une “Tchaïka” - la réplique socialiste de la Rolls. Les autres se déplacent avec le transport public pour sentir l’esprit de Sofia. Or, la ville garde, en grande partie, le souvenir de son passé communiste. Les touristes visitent le Musée national d’histoire militaire, où ils apprennent des choses sur l’armée “populaire” bulgare et son rôle de gardien de l’Etat communiste, après ils passent par le Musée de l’Art totalitaire, qui dispose d’une riche collection d’œuvres d’artistes prolétaires bulgares, etc. Au centre-ville se dresse le monument de l’armée soviétique et dans le parc central de Sofia, appelé Le Jardin de Boris, se trouve la Fosse Commune, (Bratska moguila), à la mémoire des combattants de la Résistance. Tout ça, ce sont des symboles du socialisme, qui raniment l’imaginaire des nostalgiques qui poursuivent le tour.


 

© Photo: Vénéta Nikolova

Le monument à l'Armée russe

“Les jeunes, qui n’ont aucune idée du communisme, ne peuvent pas y croire qu’un tel régime avait existé, que les jeunes ne pouvaient pas s’acheter des jeans, qu’on attendait des heures à des queues pour tout et n’importe quoi, qu’on ne pouvait pas voyager librement à l’étranger, etc.

© Photo: Vénéta Nikolova

L'ancienne maison du Parti, abrite des sections du parlement
Parmi nos touristes il y a des gens qui ne visitent que des pays, ayant un passé communiste ou fasciste. Ce sont des adeptes du dark tourism - la dernière tendance de l’industrie touristique, avec l’idée de connaître les périodes obscures de l’histoire de l’humanité et de visiter des camps de concentration, des villes-fantômes comme Pripyat près de Tchernobyl et autres. L’intéressant c’est que les participants au circuit provoquent des réactions positives chez les locaux. Ils les abordent et chacun se met à évoquer son propre passé et son rapport envers le communisme. Ces rencontres sont souvent très intéressantes!”

Version française: Sia Karaguiozova

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