Evguénia Yordanova ou, comme l’appellent les enfants - maman Jéni, est la directrice d’un établissement pour filles et garçons, restés, pour une raison ou une autre, sans parents. Gérer une telle maison n’est pas facile, car maman Jéni en plus du rôle d’éducateur joue le rôle de mère. Une fois partis dans la vie, les jeunes n’oublient pas maman Jéni. Parfois ils y retournent, mais déjà accompagnés de leurs propres familles et de leurs enfants, revoir la femme, dont l’amour leur a rendu la foi en la bonté.
“Je suis quelqu’un de gai, j’aime mes amis, les beaux livres” - se décrit Evguénia Yordanova. Elle a fait des études de philologie slave à l’Université de Sofia Saint-Clément d’Ohrid, et son rêve a toujours été de travailler avec des enfants, d’être maîtresse. Le rêve se réalise il y a 9 ans, quand elle est nommée directrice de la Maison de Blagoévgrad pour enfants, privés de soins parentaux. Mais c’est un événement personnel, qui joue le rôle décisif. “A un moment de ma vie j’ai su que j’avais un destin un peu plus particulier que les autres - dit Evguénia Yordanova. - J’ai appris, que moi-même j’étais une enfant adoptée. Et j’ai été bouleversé, car je ne m’attendais pas du tout à ça. A ce moment j’avais 40 ans et je n’étais pas préparée pour ce type d’émotion.” C’est la raison pour laquelle elle n’hésite même pas une seconde, quand on lui propose le poste de directeur de la Maison.
“J’ai décidé que je pouvais consacrer une partie de mon temps aux enfants défavorisés et essayer de donner tout de moi-même, afin de remercier ainsi les circonstances et la chance d’être élevée par une famille extraordinaire. Et si je n’avais pas été adoptée par cette famille, peut être je ne serais pas ce que je suis maintenant. Au début, je suis devenue “la maman” de 94 enfants, après ils n’en sont restés que 70, et aujourd’hui ils ne sont plus que 30. Je les aime comme s’ils étaient mes propres enfants. Avec les personnes avec lesquelles je travaille, nous nous sommes complètement consacrés à la cause, qui se résume en quelques mots: si nous pouvons faire quelque chose de bien, faisons-le. Il y a beaucoup de gens bien, des personnes au grand coeur qui nous aident - sans eux nous n’aurions pu réussir. Notre objectif est de faire sortir du gouffre, de l’énorme vide, des enfants, qui viennent par exemple à l’âge de 12 ans totalement analphabètes, de leus apprendre à s’aimer tels qu’ils sont, de les préparer à vivre dans un autre monde. Les dernières quatre années, nous avons déjà 8 de nos anciens pensionnaires qui sont devenus étudiants. Et cela veut dire qu’il s’est vraiment passé quelque chose au cours de toutes ces années.”
“Beaucoup de gens m’ont aidée, tous mes amis étaient à mes côtés, afin de faire de cet orphelinat un endroit om il fait bon vivre. Nous avons réussi, parce que nos coeurs étaient pleins d’amour et nous n’épargnions pas nos efforts”, continue Evguénia Yordanova.
En changeant l’ambiance dans la maison, maman Jéni décide de changer aussi son nom. “Pour moi l’expression “Maison pour enfants privés de soins parentaux” est trop laide - dit-elle. Voilà pourquoi, avec les collègues de l’équipe, nous avons décidé de l’appeler la Maison de nos enfants. Nous l’avons baptisée “Saint Nicolas” - en l’honneur de celui qui sauve les naufragés en mer. Un peu comme nos enfants, qui sont en quelque sorte des naufragés, qui se sont perdus dans l’océan de la vie. Est-ce que je me fait des idées ou non, je n’en sais rien, mais depuis que nous avons changé le nom, tout va mieux.” Et c’est au nom de cette amélioration tout le monde à la maison travaille. Les volontaires aussi sont nombreux. La maison est régulièrement visitée par un prêtre - Le père Andon Chavoulév, fait lui aussi partie de ces personnes au grand cœur qui nous aident et il s’est donné pour mission d’inculquer aux enfants les vérités de la foi, qui est source de bonté et de générosité. Il leur montre également un autre côté de la vie, il leur enseigne les bases de la boxe.
Maman Jéni ne perd pas ses enfants de vue, même après leur départ.
“Je suis de près non seulement leur destin, mais avec la plupart des enfants je maintiens des contacts après leur départ. A part cela, à chaque enfant, qui quitte la maison, nous trouvons du travail, un logement, nous avons trouvé des sponsors qui paient les deux premiers mois du loyer. Nous suivons leur évolution. Et après, ce sont eux qui commencent à venir chez nous avec leurs propres enfants. Certains d’entre eux ont trouvé le bonheur dans leur nouvelle famille.”
Si on veut parvenir à quelque chose, il faut se donner pleinement au travail avec ces enfants, ajoute maman Jéni. Il faut leur consacrer tout son temps et toute son énergie. Et cela est très dur pour une femme, qui, elle-même, est mère et a une famille, parce que c’est surtout d’eux qu’elle se soucie, confie-t-elle. De toute évidence, le destin a vu juste en plaçant Evguénia Guéorguiéva à la tête de la Maison de Blagoévgrad. Avec son mari ils n’ont pas des enfants, et toute sont énergie elle la transmet aux enfants, qui de son côté opère des miracles et les aide à se construire en tant qu’adultes responsables et généreux.
Version française: Sia Karaguiozova