Si tout le monde va à l’Ouest, lui, se dirige à l’Est. Si tout le monde porte le regard sur les points chauds du jour, lui, il va fouiller dans les cendres chaudes sur les lieux déjà en « refroidissement » et à première vue pas émouvants, pour en faire sortir une histoire alléchante. Aventurier, libre d’esprit, amateur des voyages et adepte du non standard, il choisit le travail du journaliste libre, qui n’est pas si facile. Dimitar Kénarov a un diplôme en littératures américaine et russe du Middlebury College aux Etats-Unis. Il fait de même un doctorat en littérature anglaise et américaine à l’Université de Californie, Berkeley. “La vie académique ne me satisfaisait pas complètement. Les murs de l’université étaient trop étroits pour mon âme. C’est pour cela que j’ai décidé de faire du journalisme", explique-t-il son choix professionnel et il ajoute:
“C’est un métier bien difficile. Le journaliste free lance en fait n’a pas de temps libre. J’ai décidé de travailler en indépendant, car cela me donne la liberté de choisir les thèmes. Je ne veux pas écrire sur des sujets, qui ne m”intéressent pas, mais qui s’avèrent le thème du jour. En plus je pratique un journalisme un peu plus différent - le journalisme littéraire, narratif. Aux Etats-Unis ça s’appelle long-form journalism. Ce sont des articles pour des magazines, très souvent de 10-15 pages, qui sont plus approfondis comme recherche et très intéressants comme forme. Parfois ils nécessitent un mois, voire deux de recherche et de voyages. Donc, c’est un type de journalisme un peu plus différent et il faut avoir la liberté pour l’exercer. Quand un journaliste travaille dans un média, c’est toujours le rédacteur qui lui impose le thème. Mais il est plus difficile de travailler en indépendant. Du point de vue financier, ce n’est pas aussi rose que ça pourrait paraître et parfois un mois on a de l’argent, un autre mois on n’en a pas. Mais finalement c’est le prix pour payer sa liberté. Je suis très content de mon choix, parce qu’il me permet vraiment de travailler uniquement sur des thèmes qui m’intéressent et d’être un homme libre, le plus possible.”
Dimitar Kénarov collabore à "International Herald Tribune", "Esquire", le magazine d’aventures "Outside", "The Nation", "The Believer" et autres. Il travaille également en tant que rédacteur pour le "Virginia Quarterly Review". Il avoue que le journalisme d’actualité n’est pas tellement à son gré, quoique dernièrement il lui arrive d’en faire aussi de temps en temps. Il préfère chercher des histoires et quand une histoire le prend, il y plonge et s’y investit profondément. Quels sont les thèmes qui arrivent à provoquer sa plume?
“L’important c'est l'histoire. Les personnages également. Pour moi les points chauds sont parfois sans intérêt, c’est plutôt les points en refroidissement ou les points froids qui attirent mon attention - avoue Dimitar Kénarov. - Quand tous les journalistes prennent une direction donnée, moi, en général, je prends le contre pied. Mais les thèmes qui m’intéressent sont très variés. L’année passée, par exemple, j’ai été à Sarajevo - c’était une commande du magazine américain Outside. Je devais raconter une histoire d’un groupe de snowboardistes de cette ville, tous de différentes ethnies - Croates, Bosniaques, Serbes. Ils sont ensemble, sans s’intéresser aux conflits de leurs parents. C’était une histoire hors du commun. Les gens essayaient à restaurer les anciens sites olympiques; détruits par la guerre. J’ai été aussi en Macédoine pour faire une enquête sur un tueur en série, qui s’est avéré le journaliste, ayant écrit sur ces meurtres en série. Maintenant en Georgie on envisage construire une toute nouvelle ville au bord de la mer Noire. Cela aussi me paraît très intéressant comme histoire, sur laquelle on pourrait faire une enquête.”
Au Kosovo Dimitar Kénarov fait connaissance avec des représentants de l’armée américaine. Ils l’invitent à devenir journaliste militarisé. C’est ainsi qu’au début de 2010 il se trouve en Iraq, un point déjà « refroidissant » selon lui, qui n’intéresse plus beaucoup ses confrères et n’attire plus l’attention de la société. “Dans la période de guerre tous étaient là-bas pour raconter ce qui se passait. Mais quand tout le monde quitte les lieux, c’est alors que j’y vais”, dit le jeune raconteur d’histoires.
Dimitar Kénarov est différent non seulement dans son travail, mais aussi dans son mode de vie. Si une grande partie de sa génération donnerait tout pour partir pour le pays aux possibilités illimitées, lui, après environ 10 ans de vie en Amérique, il décide de revenir sur nos latitudes.
Pour Dimitar Kénarov Istanbul est un bon point de départ en direction de son pays natal, du Proche- Orient et autres destinations plus éloignées. “Le fait que j’ai déménagé à Istanbul ne signifie pas que je ne m’intéresse plus à la Bulgarie”, confie le jeune journaliste. Il est persuadé, que dans notre pays, comme dans les autres pays de la région, il y a suffisamment d’histoires intéressantes, qui pourraient éveiller la curiosité des lecteurs étrangers, si elles sont bien présentées.
Version française: Sia Karaguiozova