Le couteau est un outil courant, un objet qui nous accompagne au long de la vie. Il peut s’agir d’un couteau de cuisine, de combat, rituel, un couteau souvenir, etc. Pour faite un couteau de qualité il faut posséder une grande maîtrise et un savoir-faire à toute épreuve. Ce métier est présent et jouit de respect dans différentes cultures à travers le monde entier. A l’heure actuelle les maîtres couteliers de renommée en Bulgarie comptent une dizaine. Sur cette liste on remarque le nom du quadragénaire Andrey Andreev de la ville de Gabrovo en Bulgarie centrale. Encore enfant, il fait ses premiers pas dans le métier de la coutellerie. Après avoir passé en 1991 un examen, il devient membre de l’Association des maîtres de métiers artistiques folkloriques. L’atelier d’Andrey Andréev se trouve dans le complexe architectural et ethnographique Etara, un véritable musée à ciel ouvert et un quartier pittoresque de la ville de Gabrovo. L’Etara ressuscite la vie quotidienne, la culture et les métiers de la Bulgarie d’antan. On peut y voir des exemples de l’architecture balkanique qui nous dévoilent le talent original de nos prédécesseurs du temps de la Renaissance. L’Etar garde vivantes les traditions populaires et les visiteurs peuvent y prendre part pour ressentir le parfum des temps passés en faisant tourner une roue de poterie, en tissant un tapis sur un métier, en frappant du marteau du maréchal-ferrant. En fait, tous ceux qui travaillent du fer s’appellent à Gabrovo maréchal-ferrant. Mais la différenciation des occupations au sein de ce métier artisanal conduit à l’apparition de différentes spécialités parmi lesquelles la coutellerie.
«Mon père a fait ses débuts dans le métier en 1980 et depuis je suis toujours à ses côtés, nous raconte Andrey. Je fais des couteaux typiques de Gabrovo en copiant des modèles de maîtres du passé, je n’utilise que des matières premières naturelles. On succombe vite à la magie de cet art car forger un véritable couteau relève vraiment de l’art. Par la suite viennent les ambitions de se perfectionner et de se proclamer maître. L’acier vient d’Allemagne et de France. C’est un acier spécial pour la coutellerie, on l’achète en tôle d’acier et on la découpe suivant les différents modèles qu’on désire obtenir. Pour les manches j’utilise du bois de noix ou de prune pour les couteaux de cuisine, en ce qui concerne les couteaux de chasse, de sports ou pour les bouchers je fais leurs manches de cornes de cerf ou de buffle. C’est de cette façon qu’on faisait dans le passé les couteaux dans la région de Gabrovo. J’estime qu’aujourd’hui on doit prêter une plus grande attention aux artisans. Je crois que nous tous nous éprouvons des difficultés mais malgré tout nous nous tirons d’affaire. Chaque maître a forgé d’abord son nom et cela a été récompensé par des clients fidèles ».
Les couteaux des maîtres artisans de Gabrovo sont faits en acier et en fer. Selon la manière de relier l’acier au fer malléable, ils sont trois différents types fabriqués dans plus de 150 modèles. Il y a par exemple les «koulaklii» - couteaux dont le manche est scindé en deux, il est fait de corne, d’os ou de divers alliages. Les «coconi» sont des canifs de luxe et très élégants de petite taille avec des ornements en relief sur le manche en os blanc ou coloré ou en corne. Il existe également des couteaux universels de différente taille, le plus souvent logés par deux ou trois dans une même gaine. Les «cantarli» possèdent un mécanisme de balance dans le manche et on les utilise pour peser de petits objets. On fait également beaucoup de couteaux de poche avec un manche de bois ou de corne. Les couteliers de Gabrovo fabriquent aussi différents modèles de ciseaux pour le quotidien ou à des fins professionnelles.
«J’ai trois ouvriers, poursuit Andrey Andréev. Je crois qu’ils travaillent assez bien. Je m’efforce de leur transmettre ce que j’ai appris pour qu’un jour ils atteignent également le niveau de maître. Je n’ai pas de secrets professionnels. Il y a un garçon qui travaille pour moi depuis dix ans. Ces deux dernières années il est devenu très indépendant, c’est pour dire combien de temps il faut pour maîtriser le métier”.
La plupart des amateurs des fines lames sont en fait des collectionneurs peu importe s’il s’agit de couteaux artisanaux ou industriels. Mais il est sûr que dans les coutelas manufacturés par Andrey Andreev on ressent la présence du talent artistique et de la maîtrise artisanale.
« Je me suis présenté à des expositions des arts et métiers dans plusieurs pays dans le monde. J’ai voyagé partout en Europe et j’ai prochainement une exposition en Belgique. Les européens apprécient à leur juste valeur les produits faits à la main, ils sont intéressés par ces objets. Il existe des couteaux qui me sont très chers et je ne peux m’en séparer car je ne pourrais jamais en faire un double. Une partie de ces coutelas figure dans ma collection artistique que je présente à des expositions et qui ne sont pas à vendre…»
Le métier et les nombreux voyages font qu’Andrey rencontre de nombreux couteliers de toute l’Europe. Il garde les contacts et les amitiés avec certains d’eux. Andrey a également pas mal de clients étrangers, surtout des chasseurs qui apprécient hautement ses lames tranchantes. On se tourne vers lui aussi quand il faut faire un cadeau hors de l’ordinaire ou bien quand on a besoin d’un couteau d’un modèle spécifique. «Je ne dirais pas que je suis riche, mais je me sens heureux de travailler ce que j’aime faire, de n’avoir pas permis que ce métier hérité de mon père se perde. Tant que j’aurais suffisamment de force dans les mains, je serais attiré par l’acier. J’ai déjà quelques idées pour de nouveaux modèles de coutelas, décorés de gravures. Je suis heureux d’être le maître de mon propre destin et de gagner tout seul ma vie. La coutellerie est un métier pour des hommes de cœur », dit en conclusion le maître coutelier de la ville de Gabrovo Andrey Andreev.
Version française : Vladimir Sabev
photos: archives personnelles