Elles sont jeunes, entre 16 et 25 ans, sans aucune qualification, issues des minorités turque ou rom en Bulgarie. Elles partent pour l’Allemagne, succombant aux promesses de proxénètes, espérant trouver un travail bien rémunéré ou tout simplement se marier. Malheureusement, à peine arrivées sur place, elles se trouvent entraînées dans un trafic d’êtres humains lié aux réseaux de prostitution, au tourisme sexuel et au trafic de main d’œuvre illégale. C’est d’ailleurs ce qu’a révélé la dernière opération rondement menée par la police bulgare et allemande à Bonn et qui a été présentée à Sofia à une conférence consacrée à la traite des blanches et organisée par l’ambassade d’Allemagne et le Service fédéral des enquêtes criminelles.
La Bulgarie s’est transformée en une véritable source du trafic organisé de personnes en Europe. Tel est le constat des services fédéraux allemands qui se confirme par les données statistiques pour 2010, d’après lesquelles une femme sur 5, victime d’exploitation sexuelle ou un proxénète sur 5 opérant en Allemagne sont d’origine bulgare. Les officiers de police judiciaires parlent même de l’émergence d’un nouveau phénomène, un nouveau trafic de main d’œuvre illégale, celui qui accorde un droit de séjour parfaitement régularisé en Allemagne ou dans d’autres pays européens de prostituées issues d’un pays membre de l’Union. Depuis l’année de l’adhésion de la Bulgarie à l’UE, la police à Bonn est sans cesse confrontée à ce type de criminalité, un véritable ballet de proxénètes et de prostituées qui font les beaux jours de ce business honteux, certes, mais très lucratif. C’est un mécanisme parfaitement huilé et un schéma qui a fait ses preuves, nous a confié le commissaire Rainer Bell expliquant la raison qui font que les jeunes femmes deviennent la proie facile de leurs tortionnaires :
« Ces femmes ne se rendent pas conscience de leur statut de victimes. Dans la plupart des cas, elles sont issues de familles patriarcales aux mœurs plutôt strictes et sévères, qui réduisent le rôle de l’élément féminin à celui de boniche sans aucun droit de parole. Certaines même ont subi des violences domestiques à leur enfance. De plus, elles n’ont aucune éducation, n’ont jamais franchi les portes d’une école. C’est ainsi qu’elles se transforment en une proie facile pour les trafiquants et les souteneurs qui sont tous d’origine turque ou rom ».
Toutes les prostituées interpellées à Bonn proviennent de la région de Dobrich, en Bulgarie du Nord-est. La police allemande a réussi à faire parler les victimes grâce à l’aide de leurs collègues de la direction régionale de la Police et du parquet de Dobrich. Pour le commissaire Rainer Bell, ce travail collectif a permis de démanteler un réseau de prostitution qui fonctionnait depuis des années.
« Nous sommes remontés à la source, au village d’origine des jeunes femmes et nous avons contacté discrètement leurs familles. C’est ainsi que nous avons organisé le coup de filet qui a abouti à 10 condamnations et peine de prison ferme pour une durée de 6 à 12 mois. »
D’après les experts, la traite d’être humains occupe la 3e place par le volume de bénéfices qu’il engendre et l’argent qu’il brasse à une échelle internationale. Le commissaire Rainer Bell a encore une fois tenu à exprimer sa reconnaissance à ses collègues policiers bulgares qui ont rendu possible la neutralisation de ce réseau criminel exprimant le souhait de voir à l’avenir l’implication d’un plus grand nombre de partenaires dans le démantèlement des réseaux criminels, notamment les ONG, EUROPOL et EUROJUST.
Version française : Sonia Vasséva