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publié vendredi 8 juin 2012 11:00 | actualisé vendredi 8 juin 2012 11:05
Radio Bulgarie La vie en Bulgarie Société

Mariage en temps de crise  

© Photo: BGNES

Le mariage, étant, comme dit le cliché, la cellule ou le noyau de la société, est considéré ces temps derniers années comme un anachronisme, surtout par les jeunes. La crise économique et la baisse des revenus sont une raison supplémentaire pour le nombre de mariages diminuant en permanence. Ce qui a son impact, évidemment négatif, sur tout un secteur de services, liés à cet événement – agences de mariage, ateliers de haute couture, grands restaurants et complexes hôteliers, tous les organisateurs de cette fête solennelle.

En Bulgarie la saison des noces commence au mois de juin et continue jusque la fin de l’automne. Mery Alexandrova, agent de mariage, a déjà signé ses premiers contrats. Elle a de longues années d’expérience dans l’organisation de fêtes romantiques de styles différents dans tous les coins de la Bulgarie et nous raconte des choses intéressantes :
« Ces derniers temps les jeunes préfèrent les événements organisés en plein air, sous une tente ou chapiteau, plutôt que les cérémonies et rituels enfermés dans des salles. En général, les noces au bord de la mer sont exclusivement belles, élégantes et romantiques. Nous organisons des fêtes de ce genre également dans des caves à vins, où l’atmosphère peut aussi être très romantique. Le Jardin botanique de Sofia est un cadre merveilleux pour ce genre de fête. Parfois on choisit le décor et l’ambiance des vieux villages bulgares, dans les Rhodopes par exemple. »

Mais d’année en année, les noces exotiques sont de plus en plus rares. Faute de moyens, peu de couples peuvent se permettre d’investir dans des fêtes grandioses et prodigues, et encore moins de se tourner vers une agence de mariage de professionnels pour des sommes non négligeables. Face à cela le business de Mery Alexandrova est menacé :
« Suite à la situation économique dans notre pays, le nombre des mariages a beaucoup baissé. Voici une comparaison toute simple : en 2009 rien qu’à Sofia il y a eu 11 000 mariages. Selon la statistique, en 2011 ils n’ont été que près de 4000. Dans notre agence la chute est considérable : les 60 événements environ par an que nous organisions avant se sont réduits à une vingtaine aujourd’hui. Donc, la situation pour nous est extrêmement dure, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres secteurs. »

D’après le sociologue et professeur Mihail Mirtchev, qui étudie actuellement le rapport des Bulgares à l’égard du mariage en tant qu’institution, les impacts de la crise économique ne sont pas uniquement négatifs :
« La crise économique est un facteur en même temps défavorable et favorable pour le mariage. Elle est défavorable parce que la pauvreté, le chômage et les bas revenus le font renvoyer dans le temps. On s’attarde avec le début d’un partenariat familial sérieux. On est en retard par rapport à la naissance du premier enfant. Tout cela dégrade le mariage – d’abord en tant que valeur, et puis comme statistique. D’un autre côté, la famille bulgare revient vers sa fonction économique principale, parce que dans les conditions de crise, d’inflation, de manque de sécurité, les gens se rassemblent pour unir leurs revenus et faire face en commun aux différentes charges et dépenses, pour finalement vivre mieux tant bien ensemble qu’en personne. Et bien sûr – pour pouvoir élever avec plus de responsabilité leurs enfants, les éduquer, investir plus dans leur éducation, santé, etc.

Dans ses études sociologiques M. Mirtchev a constaté que la tendance européenne de vie commune qui préfère ne pas officialiser l’union vaut aussi pour la Bulgarie. Environ 20% des jeunes préfèrent vivre ensemble avec une stratégie de cohabitation de longue durée, y compris faire un ou plusieurs enfants et les élever.

Comme dans la plupart des pays du Sud, en Bulgarie la famille continue d’être une valeur essentielle. Mais pour les jeunes Bulgares famille ne veut pas dire automatiquement mariage. « Les jeunes n’ont pas de motifs financiers non plus » - poursuit le sociologue Mihail Mirtchev.
« La législation bulgare discrimine les gens mariés, qui élèvent leurs enfants. Il y avait une proposition d’impôt familial, mais à ma grande surprise, le gouvernement précédant, qui se disait de gauche, a annulé tout et cette idée n’a pas pu se développer. C’est une forme économique classique d’aide dans le but de rétablir réellement l’égalité. »

Version française: Sia Karaguiozova

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