© photo: Tania Harizanova
Quarante millions d’euros; ce sont les manques à gagner de la Bulgarie suite à l’affaire des postes frontières bloqués par des agriculteurs grecs en grève. Les pertes subies par la Grèce sont estimées quelque cinq fois plus importantes. Les agriculteurs grecs désiraient obtenir des subventions pour leur production. La Bulgarie a pour sa part annoncé qu’elle attendait des réparations, car la convention européenne sur la libre circulation des personnes et des marchandises a été enfreinte. Elle saisira à cet effet la Cour de Justice de l’Union européenne (anciennement la Cour de justice des Communautés européennes).
Reportage de Tania Harizanova, qui s’est rendue au poste frontière de Koulata-Promahon.
C’est le 28 janvier. En Grèce, tout semble calme. Latchezar Ivanov arrive au poste frontière ; c’est le consul intérimaire de Bulgarie à Thessalonique. Il vient prendre connaissance des faits sur le terrain. Les voitures et les bus franchissent librement la frontière, mais le passage de plus de 100 camions bulgares, russes, ukrainiens, polonais, roumains et turques, est bloqué. Les files d’attentes s’étendent sur des kilomètres. Les routiers espèrent que les agriculteurs grecs les laisseront passer au soir. La situation s’améliore-t-elle ? Latchezar Ivanov :
« Je ne dirais pas. Il est difficile d’évaluer de façon précise les sentiments des grévistes. Ceux venus de Serrès sont les plus intransigeants. Les agriculteurs et les grévistes ne sont pas du tout satisfaits de ce que leur propose le gouvernement Papandréou. Les deux parties devraient faire des compromis. Si le dialogue était interrompu, le blocus des routes et des frontières continuerait. »
Des représentants de l’Organisation nationale du tourisme en Grèce, qui siège au poste frontière, soutiennent fermement les grévistes. « Si on ne leur donne pas d’argent, ils ne partiront pas », affirme Guiorgos Toboulidis. « Ils sont décidés parce qu’ils ont faim. Ils doivent recevoir de l’argent pour payer leurs dettes et acheter des produits pour cultiver leurs terres. » Que pense-t-il des réparations demandées par la Bulgarie ?
« L’Union européenne a de l’argent. Si elle le décidait, elle pourrait tout de suite régler cette affaire. Mais l’UE ne veut pas aider.
Mais c’est un problème interne à la Grèce, pas celui de l’UE !
C’est le problème de l’UE, aussi. Nous sommes des citoyens de l’UE et l’argent qu’on paye peut être rendu sous forme de subventions pour les agriculteurs. Les agriculteurs disent qu’il n’y aura pas de dialogue tant qu’on n’apportera pas de solution économique à leurs problèmes. »

Les agriculteurs affirment ne pas être responsables des pertes subies par la Bulgarie. Selon eux, on en fait les boucs émissaires de l’affaire, alors qu’eux n’ont pas l’intention de « nuire aux citoyens bulgares. »
Ivan Hristov, représentant d’une société de transport bulgare, n’est pas de cet avis.

« Je ne suis pas du tout d’accord. Ils nous empêchent de travailler, alors que nous, on amène leurs produits en Bulgarie. Pourquoi est-ce qu’ils ne vont pas bloquer les routes en ville au lieu de la frontière ? Comme ça, ils provoquent notre pays. Ils sont contre nous. »
Vassil Evtimov, chauffeur dans une entreprise bulgare de transport de matériaux de construction, pense que les agriculteurs grecs ont raison de défendre leurs intérêts, mais selon lui cela ne devrait pas avoir de répercussions sur les Bulgares. « Ma société perd de l’argent, j’en perds aussi. Au lieu de toucher 50 léva par jour, il me faut maintenant travailler trois jours pour cet argent », explique-t-il. Nous sommes des voisins et entre voisins on finit toujours par arranger les choses", il est formel.

Version française : Damian Vodénitcharov