Roumen Radev, président pour 5 ans encore...

Roumen Radev a remporté le second tour de l’élection présidentielle et gardera son poste pour encore cinq ans. C’est le second chef de l’État après Guéorgui Parvanov (2002-2012) à gagner la confiance des électeurs bulgares pour un second mandat.

"Le bon sens et l’amour de la patrie ont prévalu sur l’apathie et le mensonge". C’est en ces termes que Roumen Radev s’est adressé aux Bulgares après avoir été réélu comme président. "Nous voyons s'achever un mois politique sans précédent, avec des élections doubles, législatives et présidentielle, qui ont clairement montré que notre nation désire le changement, la rupture avec la corruption et l'arbitraire, tout comme il désire chasser la mafia du pouvoir", a déclaré M. Radev. Il a ajouté que les Bulgares avaient réussi leur examen de démocratie et n'avaient pas cédé aux tentatives de fomenter des dissensions ethniques durant la campagne.

Le chef de l’État a fait valoir que la 47ème Assemblée nationale ne peut se permettre de commettre des erreurs et de faire traîner les choses. "Les gens ne pardonneront pas si les partis décident d’aller outre la volonté de la nation", a-t-il déclaré. Selon lui les attentes du public sont pour une majorité parlementaire clairement définie qui entreprenne une réforme immédiate du système judiciaire, qui nous permette d'éviter une crise socio-économique cet hiver et qui prenne des décisions reportées depuis des années. "La lutte contre la pandémie demeure une priorité", a dit le président.

"Nous avons encore beaucoup d’efforts à faire, mais la Bulgarie s’arrache à la stagnation et à l’autocratie et prend le chemin du développement, de la liberté et de la modernisation. Je suis optimiste !", a conclu le président.

Roumen Radev, 58 ans, est diplômé en 1987 de l’Ecole militaire de l’Armée de l’Air "Guéorgui Benkovski" de la ville Dolna Mitropoliya, en Bulgarie du Nord, comme major de sa promotion. Il fait ensuite des études à l’Académie militaire "Guéorgui Stoykov Rakovski" et dans plusieurs écoles américaines.

Comme pilote militaire Roumen Radev atteint le grade de major général et commande l’Armée de l’Air bulgare pendant plusieurs années. L’été de 2016 il quitte ses fonctions et peu après le Parti socialiste bulgare annonce sa candidature à l’élection présidentielle.

Dès sa prestation de serment le 22 janvier 2017 le nouveau chef de l’État fait face à sa première tourmente politique, provoquée par la démission du second gouvernement de Boyko Borissov dont la candidate Tsetska Tsatchéva est la perdante au second tour de la présidentielle. Roumen Radev nomme un gouvernement intérimaire, dirigé par le professeur Ognian Guerdjikov, enseignant universitaire et ancien président du parlement (2001-2005). Une de ses tâches est de mettre en lumière des délits de l’exécutif précédent, mais ils n’arrivent pas devant les tribunaux.

Dans son premier discours à l’Assemblée nationale Roumen Radev appelle à une réforme judiciaire mais, apostrophé par des députés de GERB, il lance aux anciens dirigeants :

"Mon credo est peu de paroles, mais des actions efficaces. Vous avez encore une semaine."

En 2019 Roumen Radev renvoie au Conseil supérieur de la Magistrature /CSM/ la proposition de nommer Ivan Guéchev au poste de procureur général au motif qu’il n’y a aucun autre candidat et cette nomination semble donc prédéterminée. La décision du président coïncide avec les actions de protestation contre M. Guéchev, provoquées par son désaccord déclaré avec le principe de séparation des pouvoirs. Le CSM vote à nouveau en faveur de la candidature d’Ivan Guéchev et Roumen Radev entérine sa nomination.

Quelques mois plus tard le nouveau procureur général envoie des agents armés du Bureau de protection des témoins, qui était à l’époque sous sa tutelle, faire une perquisition à la présidence, lors de laquelle sont aussi arrêtés deux conseillers du chef de l’État. Ces actes deviennent un des catalyseurs du mouvement de protestations antigouvernementales de 2020. Au tout début de cette mobilisation Roumen Radev descend parmi les contestataires réunis devant la présidence et, le poing levé, lance son appel devenu célèbre : "Les mafieux, dehors !"

Roumen Radev termine son premier mandat comme il l’a commencé : en nommant un gouvernement intérimaire. Cela fait déjà six mois que deux cabinets intérimaires, dirigés par le secrétaire du président à la sécurité et à la défense Stéphane Yanev, tentent de gérer tant bien que mal une série de crises. La priorité annoncée est de faire de nouveau la lumière sur des pratiques illégales des dirigeants précédents et combattre la corruption dans le pays. Deux anciens ministres, Kiril Petkov et Assen Vassilev, dont le nouveau projet politique a remporté les législatives, se préparent à prendre la tête du prochain exécutif avec l’objectif ambitieux de poursuivre le changement.


Version française : Christo Popov

Photos: BGNES
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