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Yoan Kolev

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Exposition et catalogue redonnent voix aux femmes du documentaire bulgare

mercredi, 28 janvier 2026, 13:15

Exposition et catalogue redonnent voix aux femmes du documentaire bulgare

PHOTO : BTA

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Jusqu’au 6 mars 2026, le Musée régional d’histoire de Sofia accueille l’exposition "Femmes réalisatrices dans le cinéma documentaire bulgare du XXᵉ siècle". À travers une série de portraits sensibles et rigoureusement documentés, le parcours met en lumière des figures majeures de la création bulgare, parmi lesquelles Adéla Peeva, Binka Jélyazkova, Boryana Puntcheva, Iglika Trifonova, Mariana Evtstatieva-Bioltcheva, Maya Vaptsarova, et bien d’autres encore. L’exposition est enrichie de documents rares et de photographies inédites issues des tournages.

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Un catalogue éponyme, publié à l’occasion de l’événement, vient approfondir notre connaissance de l’œuvre de ces femmes qui, en des temps largement dominés par les hommes, ont su imposer une voix singulière et durable dans le paysage cinématographique national.

Elitsa Gotseva (à droite)

PHOTO : BTA

"Notre idée était de parler des visages les moins connus du documentaire bulgare, et ce sont indéniablement les femmes, puisque nous nous sommes concentrées uniquement sur les réalisatrices actives jusqu’à la fin du XXᵉ siècle. À l’époque, il était beaucoup plus facile d’exister pour les hommes, dont les noms sont aujourd’hui les plus célèbres de l’histoire du cinéma bulgare", explique Elitsa Gotseva, chercheuse à l’Institut de recherche sur les arts de l’Académie bulgare des sciences, membre de l’équipe entièrement féminine à l’origine du projet. "Nous voulions montrer que les femmes aussi ont réalisé des films remarquables, mais que, avec le temps, l’information les concernant s’est perdue. Beaucoup de réalisatrices ne disposent même plus d’une partie des films qu’elles ont tournés avant 1989. Il nous semblait essentiel de raviver la mémoire de ces personnalités qui ont eu le courage de créer."

Aujourd’hui, le contexte est radicalement différent. Quiconque en a l’envie dispose désormais de la liberté, et des moyens, de filmer, parfois avec un simple téléphone portable.

PHOTO : Yoan Kolev

"Cela n’était tout simplement pas possible dans les années 1990, ni au début du XXIᵉ siècle", rappelle Elitsa Gotseva. "Il fallait avoir accès à une caméra, à une équipe, et donc se plier à un système complexe auquel peu de personnes étaient admises. De ce point de vue, il est aujourd’hui beaucoup plus facile de s’exprimer, d’autant plus qu’il existe des programmes de soutien aux jeunes réalisateurs, scénaristes, acteurs et autres créateurs."

La reconstitution de cette mémoire n’a toutefois pas été sans difficultés, souligne Guérgana Dontcheva, de l’Institut d'études balkaniques de l’Académie bulgare des sciences : 

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"Nous avons travaillé principalement à partir de sources archivistiques, en particulier celles de la Cinémathèque nationale bulgare. Un travail considérable a été nécessaire pour retrouver les héritiers de certaines réalisatrices aujourd’hui disparues. Il s’est avéré que très peu de photographies avaient été conservées. Or, il était essentiel pour nous de retrouver également des images de tournage. Paradoxalement, malgré ces obstacles, nous avons réussi à rassembler un corpus conséquent, souvent grâce aux opérateurs, qui prenaient des photos pendant le tournage."

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Si, aujourd’hui encore, les femmes sont peu nombreuses à occuper le fauteuil de réalisatrice, de telles initiatives peuvent devenir des sources d’inspiration décisives pour celles qui n’ont pas encore pleinement révélé leur potentiel.


Version française : Svjetlana Satric