Auteur :

Ivo Ivanov

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Depuis 40 ans, le trésor de Rogozen conte la vie des Thraces

jeudi, 5 février 2026, 14:00

Quarante ans déjà le trésor de Rogozen nous conte la vie des Thraces

Quarante ans déjà le trésor de Rogozen nous conte la vie des Thraces

PHOTO : Ivo Ivanov

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Présenter des récipients du trésor de Rogozen est incontournable pour chaque exposition bulgare à l'étranger, consacrée aux Thraces. Et pour cause, puisqu’avec ses 165 phiales, cruches et gobelets en argent, dont certains dorés, c’est la plus grande collection d'objets anciens qui nous soit parvenue de l'Antiquité bulgare. La vaisselle et les autres pièces sont décorées de scènes mythologiques et d'images stylisées. Si en principe la totalité des trésors thraces sont découverts par hasard, celui de Rogozen a été mis au jour en deux étapes. La première découverte en fut accidentelle, mais il s’ensuivit une seconde, en janvier 1986, qui était le fruit du travail d'archéologues auprès du musée de Vratsa, explique l'archéologue et professeur Narcisse Torbov de l'École supérieure spécialisée de bibliothéconomie et des technologies de l'information.

Découverte du trésor de Rogozen – les érchéologues Spas Machov, Bogdan Nikolov et Plamen Ivanov

PHOTO : MRH – Vratsa

Fin 1985, alors qu'il creusait un fossé dans un champ privé, un conducteur de tracteur du village de Rogozen (nord-ouest de la Bulgarie) a trouvé 65 récipients, empilés en tas.Croyant qu'il s'agissait d'objets liturgiques, après quelque temps, Ivan Dimitrov avait remis sa trouvaille à la mairie.

"Après le Jour de l’An, trois archéologues sont arrivés à l'hôtel de ville et, d'après ce qu'ils m'ont dit, ils ont vu 65 vases dans une seule caisse. Et là, mes collègues du musée de Vratsa méritent des applaudissements, et tout particulièrement Bogdan Nikolov, poursuit son récit à Radio Bulgarie le prof. Torbev. Car ils ont fait le rapprochement avec une autre histoire : en 1925, dans la région de Mésie romane, au lieu-dit "Gladno Polé", Alexander Vitanov aurait découvert au milieu de son champ de la vaisselle, et des années plus tard (en 1935), presque au même endroit, il serait tombé sur un deuxième lot d’objets.Au moment où Bogdan Nikolov et ses collègues font le triage de la caisse, ils remarquent qu'elle contient des cruches semblables à l'une de celles du trésor de la Mésie.Il est tout à fait naturel de supposer qu'il puisse y avoir une seconde part du trésor, comme ce fut le cas de l’autre découverte.Ils entament donc des fouilles et, le 6 janvier, à 5 mètres au nord-ouest de l'endroit où la première partie a été découverte, ils en trouvent une deuxième : les récipients sont empilés et il y en a exactement 100."

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De nombreuses hypothèses existent quant à savoir qui, pourquoi et quand a enterré les deux tas d'objets en argent qui constituent le trésor de Rogozen.Selon les experts, il est possible que ce soit un butin de guerre, caché lors de la débandade des troupes du roi macédonien Philippe II qui ont quitté la région. Vaincu en 339 av. J.-C. par la tribu thrace des Triballes et blessé à la jambe, Philippe II aurait alors enfoui à jamais ce trésor dans le village de Rogozen, saisi lors de sa campagne en Thrace et en Bulgarie du Nord.

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"L'autre hypothèse, à laquelle je suis plus porté à croire, est que le trésor appartenait au souverain local, qu'il a été amassé au fil des générations par ses prédécesseurs et qu'il représente un service à boire, probablement pour le vin. La vaisselle et les autres objets était transmis en héritage au sein de la filiation", donne son interprétation l’archéologue. Ces récipients datent de différentes époques et portent des inscriptions révélant de différents propriétaires, ce qui suggère qu'il s'agit d'un ensemble de services de table utilisés lors des festins des rois thraces. Parce que, comme le prouve le tumulus de Moguilan à Vratsa, en Bulgarie du Nord-Ouest existait effectivement un centre de l’État de Triballes."

Signes graphiques dépystés sur les récipents dont les noms des donateurs et des bénéficiaires

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Á en juger par la qualité de fabrication et le choix des motifs mythologiques, les cruches, les phiales et les gobelets du trésor de Rogozen se répartissent avec certaine approximation en deux catégories. L’une a été réalisée dans un contexte hellénistique par des artisans grecs.La coupe finement travaillée, représentant Héraclès séduisant la prêtresse Augé (Augée) est un bel exemple de ce genre.

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Par contre, certains récipients sont manifestement l’œuvre d’artisans locaux, qui attisent l’intérêt car ils représentent des images et des épisodes de la mythologie thrace :" Ces scènes recèlent une information pertinente, puisque les Thraces ne possédaient pas de signes d’écriture. Tout ce qu’on a appris jusqu’à présent de leurs croyances mythologiques nous a été transmis par des Grecs ayant traversé leurs terres, encore qu’ils ne soient pas de témoins directs, mais ils racontent ce qu'ils avaient entendu. Comme quoi, le seul témoignage de la mythologie thrace et de leurs croyances dans la région nord-ouest du pays provient du trésor de Rogozen, résume le chercheur. Malheureusement, l'interprétation des images est sujette à de nombreuses spéculations."

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"Ce qui pose problème, c’est que la grande coupe et l'une desphiales, ornée d'une richesse d’éléments, ont été partiellement détruites. Cela s'est probablement produit au fil du temps, car elles étaient fabriquées en métal d’une teneur en argent inférieure.Par contrecoup, cela rend le trésor de Rogozen encore plus intrigant et attractif, car diverses théories ont été avancées concernant les croyances mythologiques des Thraces, qui restent à enrichir et à développer.

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Quand-même, je tiens simplement à dire une chose à tous mes collègues qui se penchent sur ces questions : il faut être très prudent et ne pas avancer des exagérations dans l'interprétation des scènes mythologiques elles-mêmes. Dans la mesure où derrière ces scènes mythologiques se cachent des maîtres qui se sont inspirés des mœurs des Thraces, de leurs croyances religieuses, mais en réalité c'étaient des gens ordinaires qui avaient leur propre vision réaliste à l’égard de la foi tout comme de la vie. Il ne faut pas se permettre d’altérer les réalités, car personne n'y gagne", conseille l’archéologue.

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Actuellement, certains de ces récipients en argent, objets d’artisanat artistique, sont conservés au Musée national d'histoire, et le reste peut être admiré au Musée régional d'histoire de Vratsa.

Édition : Ivo Ivanov

Version française : Ivan Batalov

La salle du trésor de Rogozen au Musée régional d'histoire à Vratsa

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