Roland François-Weil : la Bulgarie n’a pas su anticiper l’arrivée des réfugiés

Le centre de rétention près de Harmanli mis en place à la va-vite: dures conditions de vie sous la tente, sans chauffage et c'est déjà l'hiver ...
Photo: Maria Dimitrova-Pichot

Depuis l’éclatement de la guerre civile en Syrie, plus de 2 millions de personnes ont quitté le pays, alors qu’environ 6 millions de Syriens seraient sur le point de partir, accentuant chaque jour la pression sur les Etats limitrophes. Alors que la Turquie a déjà accueilli plus de 600 000 réfugiés, la Bulgarie se retrouve à son tour confrontée à cette problématique, jusqu’alors quasi-inédite dans notre pays.

Interrogé par Radio Bulgarie Internationale, Roland François-Weil - représentant en Bulgarie du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, revient sur la prise en charge des immigrés clandestins par les autorités bulgares.

Pourquoi le gouvernement bulgare n’a pas pu anticiper ce risque ?

« Les autorités n’ont pas anticipé ce mouvement du tout . Il faut bien dire que la situation politique en Bulgarie a été relativement confuse. C’est le 3e gouvernement en une année. Donc l’attention des autorités n’était certainement pas sur le problème des réfugiés. Mais l’augmentation du nombre des demandeurs d’asile a été aussi très, très rapide. Dans les années précédentes, la Bulgarie recevait une moyenne à peu près de 1000 à 1200 personnes par an. Et depuis le début de l’année les autorités comptent 10 000 personnes ayant traversé la frontière de façon illégale. Donc même si les autorités avaient été préparées, leur infrastructure n’aurait pas été suffisante. Personne n’avait prévu qu’il y aurait autant de gens qui allaient demander l’asile. Les autorités elles-mêmes reconnaissent qu’elles n’étaient pas préparées et qu’elles ont besoin maintenant de l’aide européenne, de l’aide internationale pour pouvoir faire face. »

© Photo: Maria Dimitrova-Pichot

En conséquence, les centres de rétention existants sont arrivés rapidement à saturation, alors que les nouvelles structures d’accueil mises en place dans la foulée, ne répondent pas aux normes sanitaires :

« Les nouveaux centres ont été créés très vite. Et donc ouverts dans d’anciennes écoles qui étaient désaffectées, abandonnées depuis des années. Et on peut vraiment dire qu’au départ les conditions de réception étaient très mauvaises du point de vue sanitaire, pas de présence médicale, pratiquement pas de nourriture donnée, pas d’administration pour superviser les centres. C’était une situation franchement catastrophique. Les autorités font ce qu’elles peuvent pour améliorer la situation. Mais il y a encore des centres, où vous n’avez pas de présence médicale pendant la journée, les gens sont pris en charge s’il y a une urgence, mais pour des problèmes chroniques les gens sont livrés à eux-mêmes. Il n’y a pas d’assistance du point de vue alimentaire. Les gens reçoivent un paquet repas, disons, qui doit leur suffire pour 5 jours qui n’est certainement pas suffisant. Ce paquet repas ne prend en aucun cas les besoins diététiques, les besoins des enfants, des bébés. C’est le même paquet repas pour tout le monde. Il n’y a pas de possibilités de cuir les repas, il n’y a pas de livraison de repas chaud, il n’y a pas d’infrastructure. Dans l’ensemble la situation est encore extrêmement difficile. Vous avez notamment un camp, celui de Harmanli qui est véritablement catastrophique. »

Invité à comparer les conditions d’hébergement des réfugiés en Bulgarie à celles offertes par d’autres pays, Roland François-Weil pointe les progrès à faire pour créer les conditions nécessaires à la prise en charge des migrants :

« Le désir des autorités est clairement de pouvoir fournir la meilleure aide possible. Mais dans le contexte actuel de la Bulgarie, avec ses moyens économiques c’est extrêmement difficile. Donc nous espérons maintenant qu’avec l’aide de l’UE nous pourrons aider les autorités à améliorer la situation très rapidement dans les différents centres et faciliter une procédure de détermination du statut qui sera plus rapide qu’elle ne l’est actuellement pour le bénéfice des demandeurs d’asile. »

Le représentant du Haut Commissariat pour les réfugiés, se montre également très critique concernant les plans du gouvernement, qui souhaite remettre des clôtures métalliques le long de la frontière bulgaro-turque - une mesure qu’il juge discriminatoire et contraire au droit international.

© Photo: Maria Dimitrova-Pichot

Restes des clôtures métalliques à la frontière avec la Turquie, que les autorités bulgares voudraient rétablir...

Peut-on envisager de réduire à un mois (contre six mois actuellement) le délai d’examen des dossiers déposés par les demandeurs d’asile, conformément à l’engagement du gouvernement en ce sens :

« C’est ambitieux surtout par rapport au personnel qu’ils ont actuellement. Il y a un manque cruel de personnel. Il sont en train de recruter de nouveau personnel et une fois qu’ils auront ce personnel, il devra d’abord être formé et on peut espérer que la procédure s’accélérera un peu. »

D’après Roland François-Weil, plus de 6 000 étrangers auraient déjà sollicité officiellement le statut de réfugié, alors que 2 000 ressortissants étrangers devraient faire la démarche dans les prochains mois. L’examen des dossiers se heurte souvent à un certain nombre de difficultés d’ordre pratique, avec le faible nombre de fonctionnaires chargés de traiter les demandes d’asile et les problèmes de recrutement d’interprètes en langue arabe.

Version française : Tsvetan Nikolov
nikolov.ts@bnr.bg




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