Les réfugiés – entre calvaire et espoir

Photo: Maria Dimitrova Pichot
La vie des réfugiés n’a, en règle générale, rien de réjouissant – contraintes à l’exil, des millions de personnes parcourent le monde à la recherche d’un endroit, dans lequel elles pourraient refaire leur vie, loin de troubles économiques ou politiques qui les ont poussées à quitter leur patrie. Devenus, par la force des choses, à la fois intrus et victimes, les réfugiés restent bien souvent tributaires du bon vouloir des autorités dans leur pays d’accueil. Force est de constater que la Bulgarie, qui depuis le mois d’août se trouve en première ligne face à l’afflux des immigrés syriens, peine à apporter une réponse adéquate à cette pression migratoire.

Les conditions d’hébergement des quelque 11 000 demandeurs d’asile, sont déplorables – entassés par centaines dans des bâtiments délabrés, ces individus qui fuient les horreurs de la guerre civile en Syrie, commencent très vite à regretter leur décision de s’expatrier. D’autres s’impatientent devant les délais d’attente interminables qui les empêchent d’accéder au statut de réfugié – un précieux sésame qui leur permettra de poursuivre le long périple vers les pays d’Europe de l’Ouest, où ils espèrent pouvoir trouver leur place.

De l’avis des experts, les migrants placés dans le centre de rétention d’Ovcha koupel, à Sofia, devraient s’estimer heureux d’avoir été logés dans cette résidence universitaire désaffectée, où chaque famille dispose d’une chambre – un « luxe » impensable pour les personnes hébergées dans les vastes locaux d’anciens bâtiments scolaires. Lama – une Syrienne, mère de quatre enfants, ne retient pas ses larmes quand elle parle de son expérience en Bulgarie :

« Je remercie chaleureusement le gouvernement bulgare de nous avoir accueillis. »

L’ambiance est toute autre du côté d’un groupe de jeunes Palestiniens, excédés par les conditions d’hébergement, qui ont perdu l’espoir de rejoindre la Suède :

« Nous n’avons pas d’argent, pas de travail. On n’a même pas d’eau chaude, alors que le froid et l’humidité rendent le séjour ici carrément insupportable ! »

Même son de cloche dans le centre d’accueil de Harmanli, au Sud-Est du pays. Aménagée en catastrophe début août, cette structure d’accueil affichait complet avant même que les travaux sur place ne soient achevés… Les confortables constructions modulaires, livrées dans cet établissement, offrent seulement 430 places, alors que près de 1 300 personnes doivent survivre dans des tentes à même le sol, sans électricité, ni chauffage, en attendant d’être relogées dans un bâtiment situé à proximité, qui sera aménagé spécialement pour accueillir les migrants.


Nérima – une des « locataires » de cet endroit, nous interpelle :

« Nous avons laissé derrière nous la guerre, mais la situation ici n’est pas meilleure – il n’y a pas d’eau courante, les rations alimentaires sont insuffisantes et la prise en charge médicale laisse à désirer. Nous espérons tous pouvoir partir vers les pays occidentaux. »


Dans le centre d’accueil d’Harmanli, nous assistons aussi à la distribution de vêtements par les représentants de l’Eglise protestante de Bulgarie et de l’association Samaritains. Les feux de bois fleurissent ici et là, pour offrir un peu de chaleur aux réfugiés. Les bénévoles accompagnent quelques enfants à l’hôpital municipal tout proche, alors qu’un médecin palestinien, diplômé en Bulgarie, joue les interprètes :

« La plupart des enfants souffrent de pathologies respiratoires et de maux d’estomac. La situation ici n’est pas sans rappeler celle des camps de réfugiés déployés au Vietnam et au Cambodge dans les années 1960 – 1970. C’est vraiment lamentable de voir toute cette misère dans un pays européen. »

Le jugement de Diana Dimova de l’association Samaritains est, lui aussi, très sévère :

« Nous sommes en présence d’une véritable crise humanitaire – avec les températures qui descendent en dessous de 0°C, la vie de toutes ces personnes est en péril. Il y a urgence – les policiers et les services sociaux ici sont dépassés par l’ampleur de cette tâche. »

Le directeur du centre – Jeliu Jélev, rejette la responsabilité sur les institutions européennes, coupables, à ses yeux, d’avoir laissé les autorités bulgares seules face à un phénomène qui touche l’ensemble du Vieux continent :

« On se sent quelque peu abandonné par l’Europe. Notre gouvernement tente de faire son travail, mais vous devez comprendre que les maigres ressources financières de notre pays ne suffisent même pas pour subvenir aux besoins de nos compatriotes. Il nous faut du personnel et des crédits supplémentaires pour venir en aide à tous ces réfugiés. »

Version française : Tsvetan Nikolov
nikolov.ts@bnr.bg
photos: Maria Dimitrova-Pichot

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